Cours d’Economie Générale

 

Année 2000 - 2001

 

L’ANALYSE DU SOUS-DEVELOPPEMENT

 

 

 

 

Les analyses du sous-développement 2

Introduction_ 2

I-     Analyse des goulots d’étranglements 2

II-        2ème analyse : un retard dans la différence économique_ 5

1-     Les sociétés traditionnelles 5

2-     Le pré-décollage 5

3-     Le décollage 6

4-     La maturité 6

5-     L’ère de la consommation de masse 7

III-      Le développement des uns construit le sous-développement des autres 7

1-     F. Perroux 7

2-     L’échange inégal 9

 

 


Les analyses du sous-développement

Introduction

            Deux écoles s’opposent sur ces analyses du sous-développement, ce sont les écoles libérales et marxistes.

            Les termes utilisés sont : pays sous-développés, pays du 1/3 monde, le sud (or il n’y a pas un sud mais des sud), pays en voie de développement.

Les NPI (Nouveaux Pays Industrialisés) comprennent : Hong Kong, Taiwan, la Corée, et Singapour (ce sont les quatre dragons) ; on peut y ajouter ; l’Argentine, le Mexique, le Brésil.

            Certains pays se rapprochent des NPI, c’est le cas du Viêt-Nam, de la Chine, on peut même rajouter certains pays de l’Est comme la Pologne.

            Nous allons étudier deux analyses :

·        Comme un retard du développement. (théorie libérale)

·        En terme de blocage (Pourquoi) et de capacité.

I-                   Analyse des goulots d’étranglements

Nurske, Galbrath et Samuelson

            Les structures des pays sous-développés entraînent un processus de blocage. On partira de la « théorie des cercles vicieux de la pauvreté » de NURSKE, cette théorie fut reprise par GALBRATH, et traduite par SAMUELSON.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

            Selon Samuelson :

·        Le revenu est une fonction de l’investissement.

·        L’investissement est une fonction de l’épargne.

·        L’épargne est une fonction du revenu.

 

            Il y a donc un processus reproductif au sous-développement. Néanmoins, tout part du problème qu’il y a étroitesse du marché. Le marché étroit engendre le fait qu’il n’y ait pas de débouchées. Même s’il y a des capacités d’épargne, elles ne pourront devenir investissement que s’il y a en face une demande solvable.


            Trois arguments expliquent cela :

 

1)      - Les classes sociales favorisées subissent l’effet de démonstration. Ils sont très attirés par le modèle de consommation occidental, et donc la consommation sera tournée pour une bonne partie vers la consommation de biens somptuaires importés, tels que l’électroménager, la hi-fi, les loisirs.

2)      - La faiblesse, voir l’absence des réseaux de transport. Entraîne une volonté de développer des nouveaux réseaux de communication (terrestres et aériens). Pour créer des routes, l’état doit donc intervenir, mais pour cela il faut qu’il y ait de l’argent, donc un impôt (forcément très faible).

- La main d’œuvre est essentiellement rurale, donc peu qualifiée.

- Le réseau bancaire est inexistant, il ne peut y avoir d’investissement, et donc peu de pouvoirs financiers.

- Les infrastructures scolaires sont quasiment inexistantes, sauf jusqu’en primaire, pour le collège on a environ 30 à 35%, et pour le lycée ce chiffre passe à 3%.

- Les rares diplômés partent à l’étranger pour faire leurs études supérieures et y restent.

3)      - La composition sociale se compose de communautés relativement isolées. Les productions et consommations ne sont que locales (que ce soit alimentaires ou non alimentaires). La productivité dans ces activités est faible, voir très faible, elle est bloquée par une division du travail villageoise et une recherche de cohésion sociale, ce qui n’a rien à voir avec l’efficacité économique occidentale.

- Les problèmes sont avant tout culturels.

- Les structures villageoises bloquent l’innovation (car tout ce qui est fait, est fait pour la communauté).

- L’absence de terres privées (casse la culture africaine), au dépend de terres communales.

Quel est le lien entre la culture et le développement ?

            Les économistes sont essentiellement occidentaux, par conséquent leurs théories et idées vont avec cette appartenance. Ils ne connaissent pas les mêmes problèmes et observent les autres problèmes avec leurs propres cultures et non la culture de ceux qui sont concernés par ces problèmes.

            Pour eux : le secret dans le développement et de passer par le modèle occidental.

            Mais n’est-t-il pas possible de se développer au moyen d’un autre type de culture ?

Max Weber

Sociologue et économiste de la fin XIXème et début XXème.

            Il a bâti une théorie selon laquelle : le développement de l’esprit du capitalisme est étroitement lié au développement de l’esprit protestantisme.

            Il a d’abord observé l’Europe, où c’est développer prioritairement le capitalisme, et a constaté que ce sont des régions protestantes où l’esprit du capitalisme rayonne. (Pays-Bas, Angleterre, Allemagne, les bords de l’atlantique pour la France)

            Il l’explique par ce que l’éthique protestante se résume à deux propositions :

·        Il existe 1 dieu absolu qui a créé le monde et la guerre, mais il est insaisissable à l’esprit fini des hommes.

·        Le dieu a prédestiné chacun à être dominé ou obtenir le salut. (nos actions ne peuvent rien y changer, car nous sommes prédestinés à être sauvé ou dominé)

 

            Un problème se pose, si dieu a prédestiné chaque humain, chaque humain ne sait rien sur sa propre destinée, et il faut chercher la preuve que nous sommes des élus. Or pour les protestants la réussite économique est la preuve de l’élection.

L’individu est passé au travail pour établir la preuve de son élection. De plus le croyant doit être ascète (ne pas jouir de biens dans son monde), donc il doit être économe et simple.

            Par conséquent, l’épargne et l’investissement, c’est l’esprit du capitalisme, et donc la base du développement.

Marcel Sahlinis

Années 60 et 70, étude des groupes primitifs (aborigène, pygmées, indien, amazonien).

·        Pour les aborigènes d’Australie :

            Peuple nomade dans une zone quasi désertique, donc l’accumulation de biens n’a pas de sens, car il faut pouvoir bouger à tout moment, leur seule richesse sont leurs armes.

            Leur culture ne porte par la nécessité de l’accumulation, car leur milieu naturel ne leur permet pas, en effet une maison dans le désert ne leur servirait pas.

            Ils ne sont pas riches de notre point de vue, mais pour eux ils sont riches de ce qu’ils ont et peuvent avoir.

·        Pour les villages amazoniens :

            C’est un groupe d’anthropologues américains qui est venu pour étudier la vie économique du village.

            Ils ont observé une division sexuelle des tâches. Les tâches lourdes, comme la construction, la chasse et la cueillette, sont réservées aux hommes. Les tâches relevant de l’élevage sont réservées aux enfants. Les tâches reposant sur l’agriculture aux femmes.

            Une hypothèse a été émise : si nous arrivons à faire du surplus de production. Que vont-ils faire de ce surplus ? Leur réponse, est qu’ils vont l’utiliser pour commercialiser avec un autre village, et leur position va faire qu’ils vont s’enrichir et amorcer une croissance économique.

            Mais en pratique, cette hypothèse ne peut se réaliser que sous la condition d’un apprentissage technique, et de culture afin de multiplier la productivité.

            Les anthropologues ont laissé le village dans cet état et sont revenus quelques années plus tard, mais rien n’avait changé. Après observation, les femmes produisaient beaucoup plus, mais elles travaillaient deux fois moins, et ne produisaient que la quantité nécessaire aux besoins.

            La notion de surplus n’a aucun sens pour eux, tout comme la notion d’accumulation d’investissement. Pour eux les notions économiques sont avant d’abord culturelles.

            Il y a des cultures qui n’ont rien à voir avec la différence économique. Et la culture dominante de nos jours et une culture qui a cette notion d’accumulation, le but est de produire de la richesse et de l’accumuler de plus en plus.

·        En Afrique :

            Il y a une cohabitation de deux formes basées sur la culture moderne ou traditionnelle.

            L’implantation des firmes internationales étrangères, mais pas loin où il y avait des zones où l’on retrouve une culture ancestrale de fonctionnement. Ces zones sont très repliées sur elles-même, le salaire permet d’assurer le nécessaire). Il existe des zones aussi qui ont une structure primitive.

Le développement ou le sous-développement co-phénomène naturel ?

            Le développement économique pouvait s’expliquer par les conditions naturelles (climat) ou la possession de ressources naturelles. C’est le cas de l’Angleterre avec la révolution agricole au 18ème, qui a entraîné une révolution démographique et une révolution industrielle.

            L’Angleterre était donc fortement dotée de charbon, qui fut la matière première essentielle de la révolution industrielle dans le secteur de la sidérurgie.

II-                 2ème analyse : un retard dans la différence économique

Rostow

Economiste américain, théorie sur « les étapes de la croissance économique ».

            Il semble que tous les pays passent par 5 étapes au cours de leur croissance économique. Si certains ont déjà atteint cette cinquième étape (idée de consommation de masse), d’autre sont encore en route.

            En conséquence les disparités de développement sont le signe d’un retard mais pas d’un sous-développement.

            C’est donc à partir de Rostow que l’on parle de Pays en Voie de Développement.

            Nous verrons dans cette partie les cinq étapes nécessaires à la croissance économique selon Rostow.

1-    Les sociétés traditionnelles

            Une proportion élevée des ressources est affectée à l’agriculture (économies exclusivement rurales), et parallèlement une structure sociale très hiérarchisée avec une faible mobilité sociale. Cela correspond aux sociétés de type féodal en Europe.

            Problème de cette vision : il se sert de la société féodale, il fait donc abstraction de tout ce qui est fait avant (et les sociétés primitives n’existent pas pour lui).

2-    Le pré-décollage

            Plusieurs conditions préalables se mettent en place, qui sont autant de révolutions.

            La révolution agricole apporte une forte croissance de la productivité dans le secteur rural, qui peut nourrir plus de monde, dont ceux dans les secteurs non ruraux.

            La révolution démographique (pas forcément plus de naissance, c’est plutôt le taux de mortalité qui s’effondre) repose sur une thèse de la transition démographique sur 1 ou 2 siècles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


            Pour l’Afrique, ils se situent dans la deuxième moitié de cette transition démographique, en effet les forts taux de mortalité sont naturels (manque de médicaments, problème d’hygiène…), et il y a des forts taux de natalité (pour palier la mortalité élevée).

            La chute de la mortalité est donc due au progrès des conditions d’hygiènes, beaucoup d’évolution depuis 1914 et encore plus de 1950.

            La révolution commerciale se fait grâce à la révolution des transports (route, circuit de transport des marchandises et des personnes, canaux…), il y a alors une formation de marchés nationaux et même internationaux. Les marchés nationaux étant le lien entre les marchés locaux et les marchés internationaux.

            Le marché international est le début de la croissance internationale, les colonies sont des futurs marchés.

            La révolution entreprenante, est l’émergence des hommes qui prennent des risques (Schumpeter), concerne la catégorie bourgeoise (problème en France, car la bourgeoisie devient une bourgeoisie d’affaires au 18ème). L’aristocratie anglaise est, elle, intéressée par les affaires et l’aristocratie française n’a pas cette notion.

            La révolution politique favorise la mise en place d’un état centralisé et efficace, favorable au développement économique.

            La révolution industrielle (le modèle anglais est le modèle de base)

3-    Le décollage

            Trois points importants cernent cette période qui dure entre 20 et 30 ans.

·        Pendant la période, 10 à 15% du PIB est investit.

·        L’émergence de branches locomotives qui tirent l’activité économique vers le haut, sidérurgie et textile.

4-    La maturité

            Le démarrage est suivi d’une longue période de progrès soutenue pendant laquelle les technologiques se diffusent à toute l’économie.

            Environ 60 ans plus tard, l’économie se révèle capable d’engendre de nouvelles activités qui remplacent celles du démarrage, et deviennent les nouvelles locomotives.

            Ceci renvoie à la théorie du cycle long de Schumpeter, où la croissance est faite d’un cycle qui dure à peu près 50 ans.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


            Depuis le 19ème siècle, on a observé des périodes 50 ans qui collent à cette période. Exemple dans les années 1975 à 2000, nous avons connu un ralentissement de la croissance, et depuis peu nous constatons une nouvelle phase de pleine croissance, notamment avec les nouvelles technologies, ce sont des cycles Kondratiev.

5-    L’ère de la consommation de masse

            Elle est atteinte quand :

·        Les masses de consommation sont articulées autour de produits standardisés.

·        Les industries et services deviennent des secteurs dominants.

·        Les sociétés tendent à privilégier les fonctions d’assurances, de prévoyance et socialiser les risques (en terme de chômage).

            Le problème de cette théorie est que pour elle, les pays sous-développés vont arriver à ce dernier stade et ils sont pour l’instant au pré-décollage. Mais cette théorie ne prend pas en compte la vision culturelle de l’évolution économique (pas d’intégration des autres cultures), et se repose sur une vision linéaire de l’histoire qui par ce fait est contestable. Car ces pays qui amorcent leur pré-décollage n’ont pas les mêmes problèmes puisqu’ils se heurtent aux pays développés.

            Pour Rostow, certains pays peuvent parfois brûler certaines étapes. Le Canada par exemple qui serait passé du démarrage à la consommation de masse, sans étape de maturité. L’Australie aurait fait son démarrage et sa consommation de masse en même temps. Le temps entre chaque étape est différent entre chaque pays, l’Angleterre a franchi les 5 étapes en 2 siècles. Le Japon l’a fait en 30 ans.

 

 

III-               Le développement des uns construit le sous-développement des autres

Ou analyse en terme de domination

            François Perroux est de l’école du tiers-mondisme. Tout comme Arghini Emmanuel « l’échange inégal », et Samir Amin « l’accumulation à l’échelle mondiale ».

 

1-    F. Perroux

 

            Selon lui le sous-développement est structurel, blocage de croissance, les structures du sous-développement sont le produit d’une histoire et non pas l’étape de l’histoire (critique de Rostow sur les étapes successives).

            Le sous-développement est le produit de la domination européenne, sur les pays colonisés (Afrique, Asie). Cette domination fut une véritable … qui a détruit l’économie traditionnelle et à partir des quels des pistes de développement aurait du ou pu s’ouvrir.

 

a-     Le cas de l’Angleterre et des Indes

            Le secteur textile a connu une émergence très tôt dans ce secteur dès le 14ème siècle, grâce aux grands cheptels de mouton qui fournissent la laine. Quand l’Angleterre s’installait sur son réseau colonial (en Inde et en Amérique), outre la matière première textile importante, l’Inde possédait par exemple déjà une industrie mise en place, avec notamment « la cotonnade ».

            A la base on ramène en Europe les tissus fabriqués en Inde, mais les Anglais ne pèse pas l’ampleur de la mode de « la cotonnade » en Europe. Les Anglais alimentaient donc directement un concurrent du secteur textile. Ce qui entraîna une destruction des industries cotonnière indienne (c’est à dire les ateliers manuels).

            Mais parallèlement la production de coton indienne est transférée en Angleterre, et ce sont les usines anglaises qui fabriquent les cotonnades, ce qui a pour conséquence de vendre des cotonnades anglaises en Inde.

            Pour Perroux : en Angleterre l’industrie lainière a été archaïque pendant des siècles ; Pareil en Inde qui avait les structures pour permettre un bon développement, mais qui ont étés détruits par les Anglais, cette base ne sert donc plus à rien. L’Inde avait un terrain favorable au développement mais les obstacles dressés par les Anglais ont cassé ces possibilités indiennes.

            La domination anglaise a permis de structurer l’agriculture indienne. Ce qui a incité les Indiens à produire des denrées uniquement pour la métropole londonienne. Les Anglais faisait venir des Indes des denrées agricoles directement (matière première agricole : coton, thé) aux entreprises industrielles en Angleterre.

            Aujourd’hui ce rapport est toujours valable, en effet le Sud produit des matières premières et le Nord les exploitent.

            La différence entre les Amériques et les Indes, repose sur le fait que les Amériques ont obtenu très vite leur indépendance, et a su tirer profit de son terrain et fini par VENDRE leurs produits à l’Angleterre (et non les donner).

 

b-     L’arrivée de la France au Maghreb en 1830

            En 1830, un pays inonde la métropole de textile, c’est la Tunisie. La France cesse le textile tunisien pour pouvoir récupérer la production et la vendre en France ou au Maghreb.

            Selon Perroux, à la suite de son agression économique, il y a une désarticulation des structures économique et sociale du pays colonisé, à tel point qu’il n’est plus possible de couvrir les coûts de l’homme.

            Il y a des coûts humains qui peuvent être couverts par la croissance, mais dans ces pays les coûts humains sont tellement forts qu’ils ne peuvent pas conserver le développement.


 

2-    L’échange inégal

Raoul Prebish (Argentin), Arghini Emmanuel.

            La détermination des termes de l’échange

 

Les termes de l’échange = indice des prix des exportations x 100

                                   indice des prix des importations

            A quelle vitesse varie le prix des produits que l’on exporte par rapport aux prix que l’on importe ?

            Les produits importés voient leur prix augmenter plus vite que les produits exportés.

            Les pays pauvres exportent de la matière première, mais achètent des produits industriels (à haute valeur ajoutée), et la croissance de prix est beaucoup plus importante que celle des produits agricoles.

 

L’échange met en relation des pays aux structures inégales.

            Dans les pays industrialisés grâce au progrès technologique, la productivité augmente continuellement, et cette croissance de productivité se traduit sous forme de hausse de salaires ou de profit pour les firmes. Le gain de productivité se transforme en profit ou salaire, mais les prix des produits ne changent pas.

            Dans les Pays en Voie de Développement, dans les secteurs traditionnels de production agricole la hausse de productivité qu’il peut y avoir se répercute sur les prix. Pour deux raisons :

  1. Les prix des pays du Nord ne baissent pas et au Sud ils baissent. Détermination des termes de l’échange. Dans le Sud pourquoi la productivité augmente et les prix baissent, car ils sont financés par les pays du Nord qui ne veulent pas que des prix bas pour augmenter les marges, et donc les profits sur le marché du Nord.
  2. Ce sont les firmes du Nord qui financent la croissance dans les pays du Sud.

 

            Un autre problème se pose, c‘est l’exploitation massive de certaines zones géographiques qui fait qu’il y a appauvrissement des sols et détermination complète de ceux-ci.